Festival #18

Paysage-fiction

De tout temps, le paysage est une question de regard. Forme d’interprétation et d’esthétisation de l’espace, sa représentation -qu’elle soit naturaliste ou abstraite- est une invention liant entre eux des éléments du monde environnant. Ainsi, la peinture de paysage a rendu hommage aux éléments, célébrant la beauté d’une nature entendue comme un agencement de formes, de couleurs et de matières.

En ce sens, le paysage est toujours une création ou une reconception des notions d’espace et de réalité, au sens de Nelson Goodman. Avant le XXème siècle, le terme paysagiste désigne d’ailleurs le fabricant d’images-paysages aux dépends du créateur d’espaces-paysages. Chez l’un comme chez l’autre, l’outil modèle pleinement la forme et le type de création, à l’image des codes de représentation propres à chaque époque, chaque société, chaque civilisation.

Depuis l’apparition de la photographie jusqu’à l’ère post-numérique où les pratiques artistiques ont intégré les médias dans leur diversité, la représentation du paysage est aussi une représentation de notre technologie.

Si l’artificialité des paysages créés ne se cache plus sous l’illusion du naturel, elle ne rompt pas pour autant tout à fait avec cette illusion. Au travers de formes plastiques, visuelles, immersives et interactives, les artistes invitent à la contemplation d’une nature devenue matière vivante, animée, sublimée, parfois sur-réelle et ré-inventée. Ils imaginent des paysages fictionnels comme autant d’histoires dont le spectateur est également l’auteur.

Pourtant, la mise en image du paysage est intimement lié à une modernité industrielle dont on ne cesse de souligner les menaces qu’elle représente pour la nature. Les traits qui servent à attribuer au paysage un caractère essentiellement contemplatif cohabitent désormais avec le souci causé par sa dégradation.

Selon une démarche extra-disciplinaire, les artistes empruntent à d’autres disciplines, notamment scientifiques, des outils d’enquête, de réflexion et d’invention (Brian Holmes). A l’ère de l’anthropocène, leurs oeuvres se font témoignages de l’empreinte de l’humanité sur notre planète et interpellent le visiteur face à ces enjeux.

Ainsi se conjuguent dans « Paysage-fiction », des idéalités tantôt naturalistes et sensibles, tantôt scientifiques et mathématiques où coexistent technologies et natures. La nature devenant « technologique » et la technologie se dissimulant dans des approches « naturelles », cette 18e édition sondera au travers d’un parcours d’exposition, de projections, de spectacles et de conférences, la manière dont ces paysages technologiques (Antoine Picon) deviennent matière à fiction, voire à vision prospective quant à la relation ambiguë que l’Homme entretient avec la nature.

Charles Carcopino, commissaire invité